Les 6 et 7 octobre derniers, 110 participant·es se sont réuni.e.s à La fraternelle à Saint-Claude, pour deux journées consacrées aux transitions. Ces rencontres ont permis de comprendre, confronter et agir sur les transitions, dans un cadre emblématique, avec des échanges riches, des visites inspirantes et des moments conviviaux.
Un évènement démonstrateur

Ces rencontres n’étaient pas seulement un temps d’échange : elles ont été conçues comme un démonstrateur d’événement responsable et coopératif.
- accessibilité : nous avons favorisé l’accès aux rencontres par le train, via la ligne des hirondelles entre Dole et Saint-Claude. Une trentaine de personnes a pris le train pour venir aux rencontres. Les personnes du territoire étaient venues en nombre également.
- Convivialité engagée : repas préparés par des acteurs locaux, valorisation des ressources du territoire.
- Participation active : ateliers collaboratifs, intelligence collective, implication de tous les participants.
Parce que les transitions ne se décrètent pas, elles se vivent. Et ces deux journées auront permis de le prouver !
Un groupe projet engagé

Pour construire les rencontres, nous nous sommes appuyés sur un groupe de travail dédié. Pour cela, nous avons d’abord demandé aux personnes ayant participé à l’organisation des rencontres en 2023 si elles souhaitaient participer à l’organisation de cette nouvelle édition. Puis, nous avons diffusé un appel à contribution via notre newsletter. Nous étions finalement une équipe de 9 personnes composée de membres de tiers-lieux, de contributeur.rice.s (statut d’indépendants) et des salariées du réseau régional : Jeanne Salomé, Nicolas Debaive, Perrine Petit, Christophe Joneau, Amandine Claude, Laetitia Merigot, Pauline Desgrandchamp, Anne-Gaële Saint-Olive, Joséphine Damidot, Amélie Chapet
Le groupe de travail s’est doté de divers outils :
- Un cadre de sécurité
- Des rôles
- Des réunions en gestion par tension
- Un budget contributif
- Des outils numériques
Plus de détails sur notre page Movilab
En continue



Pendant ces deux jours, nous avons proposé des espaces d’échanges autour des transitions et des compétences des tiers-lieux :
- Des visites de La fraternelle : lieu d’accueil de cette rencontre, porte une histoire riche. Ancienne coopérative ouvrière, elle incarne un modèle de résilience et d’engagement collectif, au service des habitant.e.s. Aujourd’hui, La fraternelle est un acteur culturel majeur notamment par son engagement à faire de la culture autrement. Sa mission d’animation culturelle et sa capacité à mobiliser autour de projets communs en font un lieu idéal pour illustrer les valeurs portées par les tiers-lieux. Les visites ont permis d’ancrer les rencontres dans un lieu chargé d’histoire et ainsi de donner à voir des pratiques inspirantes au service des transitions.
- La mise en avant des projets identifiés dans le cadre d’« Agir en faveur de la transition écologique » : le recueil des pratiques des tiers-lieux de Bourgogne-Franche-Comté. L’avancée textile déployée par les équipes de la matériauthèque de l’arETE (Besançon) tout au long de ces rencontres, en fut une illustration très concrète. Un espace était également disponible dans la partie d’affichage des rencontres pour ajouter de nouvelles actions à mettre en avant dans ce recueil.
- une cartographie des compétences : pendant ces deux jours, Charlotte du Lab’Ecoso a illustré les compétences des participant.e.s des rencontres. Ce premier travail aura permis de mettre en avant leur variété et nécessitera un travail complémentaire pour créer l’annuaire des compétences en BFC.
La première journée
La rencontre a commencé avant même d’arriver à Saint-Claude. Les participant.e.s ont emprunté le TER depuis Dole, où une lecture du paysage leur était proposée. Cette initiative a permis de promouvoir la mobilité douce et écologique, d’envisager les temps de transport autrement, de créer une opportunité de rencontres pour renforcer les liens entre participant.e.s., de prendre le temps d’observer la diversité géographique du Jura (plaines, montagnes, forêts et vallées) et les enjeux climatiques associés et enfin de prendre conscience des enjeux liés à l’accès aux mobilités du fait du risque de fermeture de la ligne des Hirondelles.
Puis, le repas a permis de continuer de créer un climat convivial. Latifa, traiteur du territoire, proposait pendant deux jours des repas végétariens promouvant ainsi une alimentation décarbonée.
L’après-midi se lançait ensuite avec des animations pour faciliter la prise de parole et les connaissances de manière coopérative (fishbowl). Son objectif : favoriser les connaissances autour des transitions.


Le fishbowl “Transitions : de quoi parle‑t‑on ?” a permis d’ouvrir un échange autour des multiples dimensions qui composent la notion de transition. Les participant.e.s ont partagé leurs perceptions variées, constatant l’absence d’un point de départ commun ou d’une définition précise du terme, tout en identifiant ce qui les réunit : l’importance des mots, les valeurs auxquelles chacun.e est attaché.e et l’énergie positive portée par le collectif présent pendant les rencontres. Les discussions ont également identifié l’importance du rôle de l’État dans l’accompagnement des transitions. La conversation a mis en lumière la nécessité de clarifier la destination collective, de travailler les imaginaires, de choisir plutôt que de subir la transition, et de construire un langage commun pour avancer ensemble. Enfin, le fishbowl a souligné la place des tiers‑lieux comme espaces propices au dialogue, à la coopération dans la durée et à la création de récits plus joyeux et mobilisateurs.
Le temps d’échange “Transitions : comment fait‑on face à l’incertitude ?” a permis d’explorer collectivement ce que chacun.e juge essentiel pour avancer dans un contexte mouvant, tout en partageant les bonnes pratiques déjà éprouvées et en identifiant les obstacles qui freinent l’action. Les participant·es ont souligné l’importance de la confiance, du lien, de la sobriété, de l’écoute, de la coopération et de la capacité à expérimenter. Ils et elles ont mis en avant des pratiques concrètes telles que la co‑construction, la mutualisation, le partage des savoirs, l’entraide, l’ouverture des espaces et la prise en compte du temps long. Les discussions ont également mis en lumière plusieurs freins récurrents : la peur d’exclure, le manque de clarté, la difficulté à mobiliser des financements, les enjeux de débats dans la société civile pour sortir des clivages ou encore l’essoufflement des collectifs. Enfin, le groupe a formulé des pistes d’action pour mieux naviguer dans l’incertitude : renforcer la coopération, encourager les actions qui favorisent « l’aller vers », cultiver la robustesse, développer des espaces favorisant la démocratie pour tous.tes.
La table ronde

La table ronde « Comment appréhender la complexité des transitions » avait pour objectif de réfléchir collectivement aux manières d’agir dans un contexte de transitions multiples et incertaines. À partir des échanges issus des fishbowls, les discussions ont interrogé le rôle des tiers-lieux comme espaces d’expérimentation aux côtés des acteurs publics et citoyens. Les interventions ont montré en quoi l’approche par la comptabilité écologique CARE permet de mieux comprendre les trajectoires de transition, en rendant visibles les dépendances sociales et environnementales. Une vision systémique a été défendue pour tenir ensemble des logiques parfois contradictoires et accepter l’incertitude comme cadre d’action. Les tiers-lieux ont été présentés comme des acteurs clés des transitions démocratiques et citoyennes, de par leur capacité à animer la conversation territoriale et à favoriser l’émancipation collective. Les échanges ont également souligné l’importance d’évaluer les effets produits par les tiers-lieux sur différents enjeux de transition. L’indicateur de capacité relationnelle (RCI tiers-lieux) a ainsi été mobilisé pour qualifier leur contribution sociale et leur rôle de mise en relation des acteurs.
La soirée


La soirée de l’évènement a prolongé les échanges de la journée dans une atmosphère chaleureuse . Elle a débuté par un Apéro des territoires, un moment informel permettant aux participant.e.s de se rencontrer autrement et de renforcer le sentiment d’appartenance à cette communauté. La soirée s’est ensuite animée avec un blindtest qui a créé rires et complicité avant de se conclure par un DJ set assuré par un bénévole de la fraternelle, transformant l’espace en piste de danse inclusive et joyeuse. Ces temps festifs ont rappelé à quel point la joie, la fête et les moments de respiration collective sont essentiels dans les transitions : ils nourrissent l’énergie du groupe, permettent de créer de la confiance et d’apaiser les tensions. En cultivant le plaisir d’être réuni·es, ces espaces contribuent autant que les débats formels à bâtir des trajectoires communes et à soutenir des dynamiques de transformation durables.
La deuxième journée
Basée sur le principe du Forum ouvert, cette deuxième journée a permis d’aborder divers sujets au travers de débats et ateliers contributifs animés par les administrateur.rice.s du réseau :
- Acteurs publics : les tiers-lieux, des solutions concrètes pour la démobilité
- Dépasser les peurs : quelle place pour les émotions / les ressentis ?
- L’engagement en tiers-lieu
- Le rôle des tiers-lieux dans le temps des élections municipales
- La fête, un espace politique ?
Les discussions ont montré que les tiers‑lieux occupent une place particulière dans la mise en place des transitions : ils créent des conditions de coopération, accueillent la diversité des points de vue, expérimentent à petite échelle et fabriquent du lien. Ils créent les conditions pour des territoires plus résilients.
Dans ces contextes incertains, les rencontres ont souligné l’importance de prendre soin : des personnes, des relations, des émotions. Les ateliers ont souligné que la robustesse collective passe par la confiance, l’écoute, des cadres sécurisants, mais aussi par des outils concrets pour dépasser les peurs, lutter contre l’isolement, donner la capacité d’agir et éviter l’épuisement. La joie et les espaces de fêtes sont importants comme espace politique et créateur de communauté pour agir ensemble.
Les élections municipales de 2026 représentent un enjeu important pour les tiers-lieux. En effet, ils apparaissent comme des interfaces entre habitant·es, associations et institutions : des lieux où l’on peut faire converger des désaccords, à condition de poser des cadres et de rester vigilants face aux risques d’entrisme.
Mesurer l’impact apparaît à la fois indispensable et risqué : indispensable pour dialoguer avec les financeurs et outiller les décisions, risqué si la culture du chiffre écrase ce qui fait la spécificité des tiers‑lieux. Les échanges invitent à déplacer le regard vers les signaux faibles (récit, lien, confiance, capacité relationnelle), à considérer nos partenaires financiers comme nos alliés et à embarquer les usagers dans l’évaluation. Mesurer, c’est poser une intention, choisir ce qu’on valorise et renforcer une stratégie collective plutôt qu’une simple logique de reporting.
L’atelier de co‑design a favorisé les échanges autour des problématiques que rencontrent les tiers‑lieux. Les participant·es ont ensuite échangé sur deux défis : comment faciliter la coopération tous azimuts ? et comment chacun·e trouve un intérêt à venir dans un tiers‑lieu. Ces défis ont permis de faire émerger différentes pistes de solutions qu’il faudra développer par la suite au sein du réseau.
Enfin, les tiers-lieux sont apparus comme des vecteurs de solution pour favoriser la mobilité et la démobilité : la mobilité en proposant des solutions de covoiturage, de véhicules en autoconstruction… et la démobilité en proposant des formations sur les territoires, des espaces de coworking, des espaces de trocs…

A la fin de la journée, l’ensemble des participant.e.s se sont rassemblé.e.s pour clôturer ces deux jours autour d’une animation sur l’émancipation dans les tiers-lieux. Des créations sensibles ont été ainsi été créées permettant de tisser des liens uniques, d’explorer de nouvelles expressions scéniques ensemble.
Une clôture slamée nous aura permis de terminer ces 2 journées sur une note poétique.
Les témoignages
Un superbe choix de lieux pour colorer l’implication des tiers lieux et leur origines à travers la fraternelle, coopérative historique. Les ateliers et débats étaient passionnant et nous avons tout à faire alors : en avant !
Emmanuel, Relief
Un moment de partage et d’intelligence collective très vivant. Des acteurs de l’ESS à tous les étages, ensemble pour créer du commun. Des horizons en maillage. Des idées nouvelles, concrètes et simples. Du courage redonné, qui résonnera longtemps dans nos actes au quotidien. Des rencontres profondes même si brèves. De la joie.
Véronique, Les Accords du Lion d’Or
Les échanges donnent de l’élan pour retourner dans le quotidien et persévérer sur nos territoires et dans nos tiers-lieux afin de continuer à créer des espaces de convivialité et d’échange dans un contexte politique qui est à la division.
Lucie, La fabrique du Monde Rural de Combeaufontaine
Etant nouvelle dans le réseau, ces rencontres m’ont permis de rencontrer les autres acteurs des tiers-lieux et de participer à des ateliers participatifs mobilisant le corps et l’esprit. Ces 2 jours hors du temps dans une ambiance à la fois festive, bienveillante et source de réflexion dans un cadre unique étaient un vrai cadeau. Merci !
Amandine, La Frémille
Le choix du lieu, l’accueil, la diversité des propositions, le rythme, les rencontres, les enjeux abordés étaient de qualité. Grand merci pour cette très belle organisation.
Maud, La Chahutte
Les suites
Suite aux rencontres, le réseau a organisé plusieurs temps d’échanges pour co-construire une listes d’actions et ajuster sa feuille de route en conséquence :
- organiser un webinaire pour rendre visible les deux jours à d’autres participant.e.s
- Recenser les lieux, les savoir-faire et savoir-être des tiers-lieux
- Développer la cartographie des espaces d’accueil pour des formations ou des réunions externes
- Ouvrir des espaces de soutien et d’échanges libres au travers la mise en œuvre de temps de codéveloppement pour prendre soin des individus
- Renforcer la dynamique du groupe de pairs culture et du groupe de pairs numérique
- Organiser un temps de partage autour de notre AG, le 23 juin 2026
- Poursuivre l’accompagnement des lieux notamment via le compagnonnage (programme accompagner les TL)
- Déployer des formations « flash » pour les membres (modèle éco, foncier, enjeux juridiques,…)
- Poursuivre nos actions de plaidoyer auprès des acteurs régionaux et nationaux pour favoriser le maintien d’une politique publique envers les tiers-lieux (mise en œuvre d’un cercle plaidoyer)
- Organiser des visites apprenantes à destination des élus du territoire
- Accompagner les tiers-lieux dans le temps des élections municipales (kit outils de mobilisation dans le cadre des municipales, espaces d’échanges et de partage…)
- Contribuer aux travaux du GIP France tiers-lieux sur les pratiques culturelles en Tiers-lieux
- Poursuivre nos travaux de documentation des pratiques favorisant les transitions en BFC
- Tester le RCI à l’échelle régionale avec un groupe de Tiers-lieux volontaires
Ces actions vous parlent ? Vous souhaitez agir sur le territoire ? Contactez-nous pour mettre en place ces nouveaux projets !
Photos de Nicolas Debaive, Joséphine Damidot, Laetitia Merigot, Isabelle Radke, Charles Leonetout, Amélie Chapet, Philippe Persico

